Lundi 14 juillet 2008
La Lune dérobait lentement les dernières forces du Soleil.
Le jour tombé, je pouvais enfin profiter du reflet de vie dont il me dépossédait à chaque cycle implacable et despotique accordé par les astres.

Je m'assis sur le sable humide de la marée précédente en contemplant d'un air vague l'étendue infinie du haut comme du bas. Peut-être les galaxies se reflétaient-elles dans l'océan, ou bien était-ce l'inverse ? Cela ne m'importait guère. Seul comptait le vieux carnet que je tenais précieusement entre mes mains. Il était corné de toutes parts et sa couverture noire s'effritait par endroits.

Je l'ouvris, frémissant d'avance à l'idée de feuilleter ses pages jaunies par les siècles. Je me rappelle précisément du moment de sa découverte. En revanche, la période de ma vie antérieure à cet événement reste floue. Il est certains contrastes si forts que leur trace vous suit pour le reste de vos jours. La découverte d'une toile de maître au milieu de gribouillis insipides. D'une symphonie majeure dans le vacarme inepte. Un morceau de sucre éternel et délicieux, annulant à jamais l'amertume du café.

Ce carnet était-il le reflet minutieux de mon esprit ? A moins que ma psyché ne fit que s'imbiber de l'aura de l'objet miraculeux. Encore une fois, la réponse n'aurait fait aucune différence. Chercher la cause d'une félicité si extrême reviendrait à demander des comptes à la main qui vous sauve de la noyade.

Je tournais avidement et attentivement chaque page, à Sa recherche. Où se cacherait-Elle, ce soir ?
Enfin, je La vis. Trois traits grossiers à l'encre de chine esquissant une porte, trônant au milieu de la page ancienne et partiellement déchirée.
Ma main agit de sa propre initiative : l'instant d'après, je la touchais d'un index fébrile.

Alors, comme chaque soir, le monde autour de moi se mua brutalement comme sous l'effet d'une force ancienne et redoutable. Je n'entrais pas dans l'univers du carnet ; le carnet étendait son influence. Tout devint semblable à cette relique, à perte de vue. Les eaux quadrillées effleurant un ciel jauni, les conifères stylisés dansant au gré d'un vent si lourd qu'il semblait presque solide, le sable sous mes pieds, plus noir que l'océan, plus liquide que lui. Un paradigme usé, au bord de la ruine, mais d'un charme mystérieux et invincible.

Du moins, dès que la pièce maîtresse fait son entrée et rend ce havre plus beau que tout ce que la réalité peut offrir.

Elle était enfin là. Je n'existais plus, nous existions. Je ne saurais vous décrire la femme qu'Elle était. La description de quelque chose ou quelqu'un passe nécessairement par un langage qui admet son existence ou comprend son fonctionnement. Mais aucun mode de pensée humain, aucun mot d'aucun langage ne saurait rendre compte du millième de Son essence.

« Cela fait quatre ans, jour pour jour, déclara-t-Elle d'une voix tout aussi irréelle. Tu n'as jamais raté une seule occasion de venir dans ce monde.

Chaque syllabe me berçait. J'avais la sensation très nette qu'une douceur si puissante aurait été inconcevable dans mon propre plan d'existence.

— Pourquoi T'abaisser à formuler des mots que je puisse comprendre, quand Ta simple présence m'insuffle plus de bonheur et de savoir que des millions de lignes ?

— Certaines occasions nécessitent une communication plus conventionnelle, murmura-t-Elle.
En dépit de tout ce temps passé ensemble, sais-tu qui je suis ?

— Si je devais choisir un mot qui s'approche de la vérité, je dirais que Tu es mon âme soeur.

Sa présence, loin de diminuer mes facultés, repoussait mes limites vers l'horizon.

— Continue.

— Tu justifies mon existence. Le monde réel n'est guère plus qu'un mal nécessaire désormais... Car ce carnet est la seule réalité que j'accepterai !

— Exactement. Et je crois qu'il me faut maintenant t'en dire plus sur sa fonction. Dis-moi, pourquoi les humains auraient-ils besoin d'un artefact comme celui-là ?

— Parce qu'il représente le seul moyen d'accéder à une forme absolue de félicité.

— L'Homme est une créature triste, oui. Son intelligence inhabituelle lui donne les clés pour apprécier dans toute son absurdité le fonctionnement de la vie. Aussi, toute sa vie cherche-t-il le moyen de la mettre à profit, jusqu'à ce que la fin le surprenne trop tôt ou qu'il décide de la provoquer par désespoir. Si les dieux existent, ils ont un sens de l'humour prononcé.

— Pourquoi cette hypothèse ? Tu ne peux être que de nature divine.

— Sais-tu pourquoi ma présence te comble d'une façon si extraordinaire ? Demande-toi simplement pourquoi aucun couple du monde réel n'atteint une harmonie totale.

— Les humains sont...

— Beaucoup trop exigeants. Leur nature sentimentale est si complexe, les facteurs de compatibilité si nombreux et aléatoires qu'il n'y a qu'un carnet surnaturel pour rendre la perfection amoureuse possible. Je ne suis rien d'autre qu'un être pensant façonné par le moindre de tes rêves et désirs. A attentes irréelles, univers fabriqué.

— Par qui ?

— Tant de temps s'est écoulé que plus personne ne s'en souvient. Qui qu'il fut, il avait une vision très limpide des faiblesses de son espèce. Dans le cas contraire, cet univers serait déjà tombé dans l'oubli. Certains prétendent même que le carnet était un substitut qu'il mit au point pour échapper à la misère de son existence.

— Comme moi.

— Comme quiconque. Le plus ironique, c'est que même l'homme se considérant comme le plus heureux de tous ne sera pas capable de se dépêtrer du pouvoir de cet endroit ; le contraste sera bien trop fort pour un retour en arrière. Ce carnet, ce n'est pas le paradis, c'est la seule drogue infaillible jamais inventée.

— Combien sont venus avant moi, et combien viendront encore ?

— Rien ne se crée vraiment, le sais-tu ? Effleurer un tel bonheur, même artificiel, est payant. La vie de cet univers est la vie de ceux qui s'y éternisent.

— Je vais mourir ?

— Le terme est incorrect. Tu devras intégrer le tout, comme les autres.

— Je ne quitterai plus jamais ces pages ?

— Et si je t'autorisais à reprendre ta vie, à ne plus jamais revoir ce monde, tu le pourrais ?

— Dès la découverte du carnet, tout était déjà fini.

— Infaillible.

Malgré la gravité de ma situation, l'allégresse ne pouvait se dissiper. Même la tristesse qui s'y mêlait semblait douce...

— Tu n'étais qu'artificielle...

— Mais tu l'as toujours su, et tu t'en es toujours moqué. Avais-tu tort ? Atterrir dans cet endroit est-il finalement moins enviable que finir dans le même état que des milliards d'êtres désespérés ?

— Que va-t-il se passer maintenant ?

— Ton être imprégnera le mien et le carnet tout entier, perpétuant son pouvoir. Je préfère ne pas te mentir : l'immortalité n'est qu'un rêve. Au début, tu auras encore une conscience claire de ton existence, tu vivras en moi et en tout ceux qui m'ont prêté leur force. Mais les âmes les plus anciennes finissent par perdre leur force et leur individualité ; moins que des ombres, à peine une tâche d'encre dans ces pages infinies.

— Alors, rien ne nous séparera plus ? »

L'univers singulier se résorba doucement, rendant au paysage sa nature habituelle. L'air redevint léger, les pins détaillés et odorants, l'océan bruyant et ténébreux. Une photographie qui change de teinte.
Sur la plage immense, un vieux carnet solitaire dormait en attendant son heure.
A l'intérieur, plus rien ne comptait : ni l'océan, les étoiles, le soleil maudit qui rend le carnet inerte. Que le bonheur de vivre pour l'éternité auprès de l'être aimé.



par Ulquiorra publié dans : Short Stories
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Jeudi 3 juillet 2008


Ne pouvez-vous la voir, la tour à l'horizon,
Auréolée de noir ?
Le mirador géant qui fait naître la gloire,
Ou la dénie, selon.

Du haut de cet empire, mille grues de papier
Pliées par les poètes
S'envolent aux quatre coins d'un monde dirigé
Par une poignée de lettres.

Et de grands bateaux blancs, de la même matière,
Voguent placidement vers sa base assaillie ;
Il n'y a nul espace, sur la sombre rivière,
Qui ne porte un fragment de rêve inaccompli.

Voici la hiérarchie de la littérature :
Les modèles au sommet et les brouillons en bas.
Serions-nous avisés pour marquer le futur
D'effacer toutes nos fois, raturer toutes nos lois ?

Car le pouvoir est là, dans nos plumes timides,
Malmenées par tous vents,
D'édifier un instant nos propres monuments
Dans ce royaume vide.

Ami, prenons la mer, il y a plus d'un phare
Pour éclairer nos vies ;
Si demain nous mourrons, rappelle-toi que l'oubli
N'est jamais plus amer que tout autre hasard.
par Ulquiorra publié dans : Random Thoughts
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Dimanche 29 juin 2008
Jesus, I always wonder...
This flaw sealed my fate
But why ? Why do I procrastinate ?
To improve this verse wouldn't be much h...



[picture]
par Ulquiorra publié dans : Delirium, Frenzy, Fury...
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Lundi 23 juin 2008
These words for the lonely nights
When the wound is reopened
When the cold screen is more human than most
And asks me to imagine
How to picture this Paradise Lost
-A mere fancy born from a tear...
From another tonight....
Always falling
Hardly ending-


*********************************************

A tear...
Falling
Slowly
-Beyond Measure-
A microscopic,
Salty,
Wet
Universe...
Withering toward
The floor
-Oblivion-
A complex,
A life of
Pain,
Bliss,
Hope...
The rotation
Of the cosmos
Wears away...
Soon,
A dry mark
Upon
the
filth.

par Ulquiorra publié dans : Love
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Lundi 23 juin 2008


Heaven today is but a way
To a place I once called home
Heart of a child, one final sigh
As another love goes cold

Once my heart beat to the rhythm of the falling snow
Blackened below, the river now flows
A stream of molten virgin snow

For the heart I'll never have
For the child forever gone
The music flows, because it longs
For the heart I once had

Living today without a way
To understand the weight of the world
Faded and torn, old and forlorn
My weak and hoping heart

For the child, for the light
For the heart I once had
I'll believe and foresee
Everything I could ever be

For the heart I'll never have
For the child forever gone
The music flows, because it longs
For the heart I once had

Time will not heal a Dead Boy's scars
Time will kill

For the heart I'll never have
For the child forever gone
The music flows, because it longs
For the heart I once had


Nightwish-

Dark Passion Play

par Ulquiorra publié dans : Most Loved Melodies
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Dimanche 22 juin 2008
THIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSICTHIS IS MUSIC...............

No.

Those fools filling the filthy streets,
Heedlessly bathing
In
Senseless soup,
Idiotic
So-called songs!
Music, that was thy name!
Unfortunate child,
Silky god,
Ignited for the pleasure of the
Crowd!
par Ulquiorra publié dans : Delirium, Frenzy, Fury...
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Jeudi 19 juin 2008
[...] Tout le temps est déjà révolu et que notre vie est à peine le souvenir ou le reflet crépusculaire, et sans doute faussé et mutilé, d'un processus irrécupérable.


Jorge Luis Borges - Tlön Uqbar Orbis Tertius
par Ulquiorra publié dans : Beloved Books
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Lundi 16 juin 2008
Il est de ces nuits où le monde oublie de tourner correctement. Il suffit d'une distraction: les dernières secondes avant la liminalité de minuit, une éclipse de lune, un équinoxe...La planète quitte son axe, décrit des courbes aux degrés fantaisistes, embarquant avec elle un peuple d'aliénés. Elle aussi hurle silencieusement sa détresse : ne pouvez-vous l'entendre ? Elle aussi cherche à assassiner la routine : ne pouvez-vous l'aider ?
Pour peu que vous y prêtiez attention, vous serez sensible à ces caprices disloquant aussi bien les glaciers que le canevas déjà trop décousu de votre ersatz d'univers. Réglez votre cerveau sur la fréquence du mal-être, et vous pourrez entrer en résonance avec l'organisme puissant qui vous a tristement enfanté.

Certains, à tort, oublient leurs origines. Baignez-les d'un semblant de confort, flattez leur ego, et ils s'endormiront chaque soir dans leur suffisance, bien peu sensibles à la gravité qui les écrase chaque seconde d'avantage. Ne les sous-estimez pas, pourtant. Qui d'autre qu'un inconscient saurait avancer sur le sentier sans retour que la vie a tracé pour lui?

Il est de ces nuits où ma chambre devient une froide cellule aux pyramides de nostalgie poussiéreuse ; ces objets contemplés mille fois déjà redeviennent des incarnations charnelles et nouvelles à l'oeil.
Alors, je sors, et il me semble parfois voguer à l'unisson avec la Terre, explorer plus d'étoiles que l'esprit ne peut en compter...
Approcher l'horizon des événements...
Puis lentement, tomber.
Lentement, m'endormir.
par Ulquiorra publié dans : A Matter Of Life & Death
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Jeudi 12 juin 2008
Je suis née derrière ces parois de verre,
Cette galaxie embouteillée
Où les bulles scintillent sur le vide sucré
Telles des étoiles bien éphémères.

Je suis unique mais si banale,
Ma goutte d'océan parfois me noie
Dans l'oubli si suave et trivial
Des millions d'autres comme moi.

J'aimerais voir la vérité
Occultée derrière ce cristal troublé ;
Ces journées passées à scruter
Ne me renverront guère que mon reflet.

Mais voilà que la lumière m'inonde
Du haut de cette prison qu'est mon monde ;
Mon corps plastique, sculptural,
S'élève vers sa destinée fatale.

Une main de titan avide
S'empare de mes courbes sensuelles ;
Mon ancien berceau est enfin vide
Et le plaisir effleure l'éternel.

Telles sont mes trente secondes de vie ;
Je me baigne dans ses yeux avec envie,
Je m'éteins, douce au milieu des glaçons,
Mourant de l'amour par procuration.


par Ulquiorra publié dans : Random Thoughts
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Vendredi 6 juin 2008

Ame

Fonte des cieux
Le verre gris des fenêtres
Verse une larme
par Ulquiorra publié dans : Haikus
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Where am I?

  • paradise-lost
  • : A few words about anything. Particularly love. Poèmes et écrits français/ anglais. My English/ French poems or writings.
  • : 21/02/2008

Want to talk!

Where is it?...

When am I?

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